lundi 7 novembre 2011

[Archives] Leave Jobs, start thinking

J’ai toujours eu un faible pour les cafetières italiennes. Bien sûr, Nespresso a imposé sa vision du café, facile, simple, régulier, efficace, luxueux, écolo… J’en conviens, les dosettes individuelles nous amènent dans un monde moderne où chacun reçoit la quantité exacte de caféine dont il a besoin, où plus rien n’est laissé dans les griffes du hasard. Un monde où même un enfant de quatre ans arriverait a tiré un café en moins de deux minutes grâce aux célèbres machines de la multinationale Suisse. Mais j’ai toujours eu un faible pour les cafetières italiennes.
Evidemment, pensons donc : D’une part nous avons une drôle de taule aérodynamique qui vibre et fait le bruit d’un broyeur à déchets. De l’autre, une tour de fer blanc octogonale chauffe patiemment, faisant coïncider la montée graduelle de l’eau dans son étage supérieure avec la montée graduelle du désir de café dans l’esprit du consommateur. De surcroit, pendant l’attente fébrile dû à ce processus, une odeur suave commence déjà à nous exciter progressivement, suivi d’un signal d’alarme quasi magique, le sifflement guilleret du bec fumant.
Car si la version moderne est une machine fort utile et fort développée par des ingénieurs et designer talentueux, l’ancêtre, elle, possède encore plus qu’un simple charme. Cet objet est le centre névralgique d’un cérémonial raffiné, hédoniste et sensuel à la portée de tous. Alors que la machine ne fait que servir un café, l’ancêtre enjolive l’acte en lui-même, perfectionne l’idée même de « servir un café ».
Pour ainsi dire, la machine n’est qu’un produit, un outil poussé à son niveau de rendement maximal. Tandis que l’ancêtre est une pure invention, elle crée et satisfait une nouvelle organisation du désir, elle fond ici-bas un instant de vie qui n’existait pas auparavant. Et s’il est aisé de comprendre le raisonnement du concepteur de la machine (elle n’est finalement qu’une amélioration de ce qui fût alors), il est plus dur de concevoir comment quelqu’un est parvenu à imaginer cette fameuse cafetière italienne. Elle ne ressemble à rien qui la précède ou qui la suit, son concept ne semble dériver d’aucun autre outil, d’aucun autre appareil existant. Comme si l’idée semblait avoir surgit spontanément dans la cervelle de son créateur, car voilà pourquoi cette cafetière est une pure invention. Et s’il faut des brillants ingénieurs chez Nespresso, il leur manque tout de même l’étincelle qui transformerait ces ingénieurs en inventeurs. A force de trop réfléchir, ils s’éreintent les neurones et ne peuvent plus penser simplement. Ils perdent toute aisance à force de se crisper l’esprit.
Et comme va le monde, l’invention semble devenu un luxe que notre société de production ne peut plus se permettre. L’I-phone est l’objet moderne et l’objet utilitaire par excellence. Il peut un peu tout faire assez bien ; il photographie, mais moins bien qu’un appareil photo ; il téléphone, mais est moins ergonomique qu’un téléphone ; Il permet d’écouter de la musique, mais est moins discret et solide qu’un baladeur numérique ; etc… Bref il ne possède pas en lui l’essence de l’invention, il ne perfectionne aucun instant précis de la vie courante pour le rendre plus élégant, plus sensuel ou plus artistique. Il n’est qu’un vaste assemblage hétéroclite et informe d’outils poussés chacun à son rendement maximal, mais il n’est jamais, pour aucune action définie, le meilleur objet qui soit ou un procédé révolutionnaire. Pour ainsi dire, il n’y a rien de nouveau dans l’I-phone, rien d’inventé, que du vioque remanié et développé à son rendement maximal. Et si nous regardons notre monde d’aujourd’hui, rares sont les inventions pures. Alors que nous sommes submergés d’ingénieurs, il semble que le fait même de produire ces ingénieurs en masse empêche tout idée originale, novatrice, toute création d’objet depuis l’imagination pure.
Car si jadis, florissaient les toasteurs, hovercrafts, boomerangs, télégraphes Chappe, guillotines, thérémines, orgues, ondes Martenot, moulins à poivre, tire-bouchons, monocles, longues-vues, menottes, pics-à-glace, cendriers, scaphandres, parachutes, gratte-dos, chausse-pied, casse-noix, balais de toilette, coupe-ongles, agrafeuses, side-car, fours à micro-ondes, radio-transmetteurs, calculatrices, parapluies, fers à repasser, zeppelins, feux d’artifices et paratonnerres. Tant d’inventions, d’objets à la fonction précise remplissant leurs devoirs avec tout le tact nécessaire. Tant d’objet qui chacun à sa façon améliorait un peu la vie ici-bas. Et dans notre époque où rien de vraiment nouveau ne semble venir sous le soleil, j’en viendrai à regretter tous les anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycles qui ne sortent plus des esprits fous et visionnaires. Car moi, j’ai toujours eu un faible pour les cafetières italiennes.

lundi 25 juillet 2011

[Archives] Utoeya mon amour


Longtemps que j’attendais ça, voyant la lassitude et la fausse perfection désespérante de la société. De ce monde avec son vernis de pacification cachant mal ses troubles intérieures. Où tous, pour paraître bon voisin, bon citoyen, bon humaniste feignent d’ignorer les crises qui fissurent le monde. Sous le prétexte d’être tous ensemble, la tolérance polie et insipide forme un lien imaginaire entre les cultures ghettoisés. Ces pauvres âmes avaient besoin d’une splendide décharge pour sortir de la léthargie. Faire face enfin à la vérité derrière l’hypocrisie. Je serais leur héros, leur révélateur. Celui qui leur permettra de voir ce conflit latent, qui les forcera à combattre pour pouvoir vaincre. Je suis le sauveur de la nation, fière, fidèle et équipé tel le chevalier impitoyable dont mon pays a besoin.
Je suis allé en catimini dans le camp de formation des traîtres. Cette île où ils décervellent et castrent les forces vives de la jeunesse pour les transformer en hippies peureux. Et du haut de mon arme, sans trembler, l’œil fixé au viseur, avec la précision de l’aigle, je les ait abattu un à un, tente par tente, prenant soin de viser pour tuer. Et parmi le chaos déchaîné par ma venue, je suis resté impassible, exécutant ma tâche par la force de mes convictions, sachant qu’un jour tous reconnaîtront que mon acte était cruel mais nécessaire.
91, 92, 93… Le compte est bon, je peux me laisser cueillir en paix par la justice de ma patrie. Aujourd’hui, ils croient encore que je suis un monstre, mais ils saisiront bientôt au fond d’eux-mêmes que je suis celui qui posséda le courage et l’audace des précurseurs. Ils m’haïssent, mais ils m’adouberont. Et en 2083 au plus tard, ils me considèreront comme l’héros national que je suis. Car vous n’avez encore rien vu à Utoeya.


Vous l’aurez compris, le texte ci-dessus bien qu’œuvre de ma main, n’est point œuvre de mon esprit, et n’est pas la révélation de mes pensées sombres et sanguinaires. Ceci n’est pas une diatribe admirative du désormais célèbre tueur de masse du pays du Nobel de la paix. Il est là pour vous faire prendre conscience du péril dans lequel notre monde s’engouffre sans crier gare. La naissance d’un néo-hitlérisme, prêt à décimer tous ceux qui s’opposeraient à leurs idéologies d’hommes culturellement pur. Où la seule manière de trancher les conflits deviendrait la force brute, et où tous ceux qui dévierait du sentiment national périront sous la percée des balles. Car si Anders Behring Breivik a agit en homme seul, beaucoup de courants de pensées s’abreuvent de sa même pulsion meurtrière de manière inavouée. Et pour beaucoup d’européens, délaissés par le libéralisme, se sentant agressé par l’immigration, frustré par les promesses de notre monde publicitaire et si réfugiés dans le désastre social informatisés, cet homme risque de devenir un exemple, une ultime raison de croire encore en ce monde, une ultime raison de vivre.
Alors que nos nations blacks-blancs-beurs semblait s’unir dans un accord mystique scellé par la magie millénariste, que l’équipe de France rassemblant moult cultures sous la fraternité victorieuse, qu’un certain optimiste semblait auto-réaliser une société universaliste, l’effondrement des twins towers ainsi que la crise financière ont stoppés nets la légèreté de vivre ensemble pour redonner une gravité maladive aux différences de cultures. Et si nous voulons toujours vivre entre être humains libre, et non plus dans des communautés fragmentés aliénant les hommes, nous devront nous battre, défendre notre statut d’individu bec et ongles envers les faux idéaux qui voudraient créer ce que nous sommes à notre place. Car nous qui nous régalons de sushis, kebabs, pizzas, hamburgers, et dont la culture ne se résume plus à un lieu géographique, mais s’étend des musiques africaines aux mangas et aux punks, si nous voulons préserver la diversité de penser, de vivre et d’être, nous devons nous défendre de tout traditionalisme sectaire, s’arracher à nos racines pour parvenir à devenir ce que nous désirons être. Et cette effort important ne pourra pas se réaliser dans la politique, au pouvoir trop général, trop survolant ne pouvant pas s’adapter aussi profondément que nécessaire dans la vie des gens sans risque de devenir totalitaire. L’effort viendra de chacun, de personne, de tous, tâchant de se fortifier pour résister et aux élans nationalistes et afin d’arrêter de nourrir par notre faiblesse les petits caporaux de banlieues. Car comme le dit l’autre célèbre terroriste barbu : « Quand les gens voient un cheval fort et un cheval faible, par nature, ils aimeront le cheval fort. » Donc si les hommes veulent vivre dans la tolérance, il ne leur suffit pas d’avoir une tolérance passive du laisser-faire, il leur faut la tolérance active du courage, celle qui les poussera à s’opposer aux injustices et à défaire les aliénations religieuses et nationalistes.
Il nous faut des fils d’Europa, de cette vieille déesse grec avant qu’elle ne soit corrompue par les monothéismes sectaires, uni pour la liberté, uni pour que les hommes puissent enfin se construire au-delà de leurs cultures initiales. Redonnant à la vie son champ d’expérimentations infini dans lequel l’homme pourra aimer, manger, s’amuser, s’occuper loin des contraintes des traditions limités dans lesquels il a grandi. L’universalisme n’est point un vain mot abstrait, il est le passage nécessaire d’un nouvelle humanité d’individus capable de choisir librement leurs modes de vie.
Sinon Oussama et Breivik parviendront à leur guerre des cultures. Ils réduiront chacun des peuples à leur lieu d’origine, et l’affrontement inévitable de ces bastions civilisationnels sclérosés se fera au son des AK-47 rugissantes.
Ecrasons l’infâme !