Longtemps que j’attendais ça, voyant la lassitude et la fausse perfection désespérante de la société. De ce monde avec son vernis de pacification cachant mal ses troubles intérieures. Où tous, pour paraître bon voisin, bon citoyen, bon humaniste feignent d’ignorer les crises qui fissurent le monde. Sous le prétexte d’être tous ensemble, la tolérance polie et insipide forme un lien imaginaire entre les cultures ghettoisés. Ces pauvres âmes avaient besoin d’une splendide décharge pour sortir de la léthargie. Faire face enfin à la vérité derrière l’hypocrisie. Je serais leur héros, leur révélateur. Celui qui leur permettra de voir ce conflit latent, qui les forcera à combattre pour pouvoir vaincre. Je suis le sauveur de la nation, fière, fidèle et équipé tel le chevalier impitoyable dont mon pays a besoin.Je suis allé en catimini dans le camp de formation des traîtres. Cette île où ils décervellent et castrent les forces vives de la jeunesse pour les transformer en hippies peureux. Et du haut de mon arme, sans trembler, l’œil fixé au viseur, avec la précision de l’aigle, je les ait abattu un à un, tente par tente, prenant soin de viser pour tuer. Et parmi le chaos déchaîné par ma venue, je suis resté impassible, exécutant ma tâche par la force de mes convictions, sachant qu’un jour tous reconnaîtront que mon acte était cruel mais nécessaire.91, 92, 93… Le compte est bon, je peux me laisser cueillir en paix par la justice de ma patrie. Aujourd’hui, ils croient encore que je suis un monstre, mais ils saisiront bientôt au fond d’eux-mêmes que je suis celui qui posséda le courage et l’audace des précurseurs. Ils m’haïssent, mais ils m’adouberont. Et en 2083 au plus tard, ils me considèreront comme l’héros national que je suis. Car vous n’avez encore rien vu à Utoeya.
Vous l’aurez compris, le texte ci-dessus bien qu’œuvre de ma main, n’est point œuvre de mon esprit, et n’est pas la révélation de mes pensées sombres et sanguinaires. Ceci n’est pas une diatribe admirative du désormais célèbre tueur de masse du pays du Nobel de la paix. Il est là pour vous faire prendre conscience du péril dans lequel notre monde s’engouffre sans crier gare. La naissance d’un néo-hitlérisme, prêt à décimer tous ceux qui s’opposeraient à leurs idéologies d’hommes culturellement pur. Où la seule manière de trancher les conflits deviendrait la force brute, et où tous ceux qui dévierait du sentiment national périront sous la percée des balles. Car si Anders Behring Breivik a agit en homme seul, beaucoup de courants de pensées s’abreuvent de sa même pulsion meurtrière de manière inavouée. Et pour beaucoup d’européens, délaissés par le libéralisme, se sentant agressé par l’immigration, frustré par les promesses de notre monde publicitaire et si réfugiés dans le désastre social informatisés, cet homme risque de devenir un exemple, une ultime raison de croire encore en ce monde, une ultime raison de vivre.
Alors que nos nations blacks-blancs-beurs semblait s’unir dans un accord mystique scellé par la magie millénariste, que l’équipe de France rassemblant moult cultures sous la fraternité victorieuse, qu’un certain optimiste semblait auto-réaliser une société universaliste, l’effondrement des twins towers ainsi que la crise financière ont stoppés nets la légèreté de vivre ensemble pour redonner une gravité maladive aux différences de cultures. Et si nous voulons toujours vivre entre être humains libre, et non plus dans des communautés fragmentés aliénant les hommes, nous devront nous battre, défendre notre statut d’individu bec et ongles envers les faux idéaux qui voudraient créer ce que nous sommes à notre place. Car nous qui nous régalons de sushis, kebabs, pizzas, hamburgers, et dont la culture ne se résume plus à un lieu géographique, mais s’étend des musiques africaines aux mangas et aux punks, si nous voulons préserver la diversité de penser, de vivre et d’être, nous devons nous défendre de tout traditionalisme sectaire, s’arracher à nos racines pour parvenir à devenir ce que nous désirons être. Et cette effort important ne pourra pas se réaliser dans la politique, au pouvoir trop général, trop survolant ne pouvant pas s’adapter aussi profondément que nécessaire dans la vie des gens sans risque de devenir totalitaire. L’effort viendra de chacun, de personne, de tous, tâchant de se fortifier pour résister et aux élans nationalistes et afin d’arrêter de nourrir par notre faiblesse les petits caporaux de banlieues. Car comme le dit l’autre célèbre terroriste barbu : « Quand les gens voient un cheval fort et un cheval faible, par nature, ils aimeront le cheval fort. » Donc si les hommes veulent vivre dans la tolérance, il ne leur suffit pas d’avoir une tolérance passive du laisser-faire, il leur faut la tolérance active du courage, celle qui les poussera à s’opposer aux injustices et à défaire les aliénations religieuses et nationalistes.
Il nous faut des fils d’Europa, de cette vieille déesse grec avant qu’elle ne soit corrompue par les monothéismes sectaires, uni pour la liberté, uni pour que les hommes puissent enfin se construire au-delà de leurs cultures initiales. Redonnant à la vie son champ d’expérimentations infini dans lequel l’homme pourra aimer, manger, s’amuser, s’occuper loin des contraintes des traditions limités dans lesquels il a grandi. L’universalisme n’est point un vain mot abstrait, il est le passage nécessaire d’un nouvelle humanité d’individus capable de choisir librement leurs modes de vie.
Sinon Oussama et Breivik parviendront à leur guerre des cultures. Ils réduiront chacun des peuples à leur lieu d’origine, et l’affrontement inévitable de ces bastions civilisationnels sclérosés se fera au son des AK-47 rugissantes.
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